Le Picbois du déchirement

Le questionnement sur notre nature peut se présenter de plusieurs façons.

Les transformations technologiques qui font partie de notre quotidien tels que présentées dans les articles que nous avons eu à lire pour le deuxième cours : We are the Web de Kevin Kelly, Que sommes-nous devenus? de Nicole Aubert dans le dossier L’Individu Hypermoderne: vers une mutation anthropologique?, Why the Future Doesn’t Need Us de Billy Joy, l’article The Made and the Born du livre Out of Control: The New Biology of Machines, Social Systems, and the Economic World, de même que l’extrait du livre Technopoly: The Surrender of Culture to Technology de Neil Postman, lectures qui posent des questions qui dérangent.

Ce dérangement dans notre conception du monde et de nous même amorcé par la Révolution Industrielle et tout le questionnement qui suit l’urbanisation qui en est le résultat direct, engendrent un inconfort. Inconfort encore plus grand lorsqu’on y ajoute la notion de notre interdépendance avec la machine.

Couverture de l'essai La Condition inhumaine d'Ollivier Dyens.

Couverture de La Condition inhumaine : essai sur l'effroi technologique d'Ollivier Dyens.

C’est ce malaise ou la crainte de cette transformation de la société et des rapports personne-machine comme le décrit Ollivier Dyens dans La Condition inhumaine qui est au coeur de ce que nous le vivons présentement. Et l’avènement très récent des nouvelles technologies de communications et des technologies informatiques ne fait qu’accélérer ce clivage entre ce que nous fûmes et ce que nous deviendrons.

Mon épouse Janet croit que l’humain est engagé dans une spirale l’éloignant de sa véritable nature. Elle ne peut pas comprendre l’usage d’un jeu de cartes électronique avec toute la perte des sensations de manipulation des cartes. Pour elle, manipuler un pinceau, des crayons de couleur, de la peinture sur du vrai papier ou sur des toiles ne peut être remplacé par une souris ou une tablette graphique. Dans son esprit, l’abstraction électronique nous éloigne de l’expérience sensorielle essentielle à notre nature. Lorsqu’on oeuvre avec des plantes, il faut se mettre les mains dans la terre, on n’y échappe pas.

Pas étonnant donc que nous assistions périodiquement à des mouvement de retour à la nature, notamment en France,  inspiré par les romans de Jean Giono et les films de Marcel Pagnol dans les années 1920 et 1930 respectivement (suivant les folies de la première guerre mondiale); à la fin des années 1960 avec le mouvement des hippies aux États-Unis (en réponse aux peurs engendrées par la Guerre Froide, la possibilité d’annihilation nucléaire et la mobilisation pour la Guerre du Vietnam); suivi du Québec au début des années 1970 (en réponse l’hyperurbanisation qui a suivi la Grande Noirceur).

Ces mouvements sont basés sur une nostalgie de la vie communaitaire et de l’économie traditionnelle en contraste avec la vie anonyme citadine et l’économie capitaliste sauvage. Le retour à la nature est représentatif d’un imaginaire de ce qui serait meilleur pour notre nature.

La chanson Le picbois de Beau Dommage illustre de façon poétique ce déchirement de l’homme moderne.

Le picbois
par Beau Dommage

A l’heure où les gens s’éveillent
A l’heure des poules, l’heure des foules
La rue était pleine de soleil
J’ai pris le train de sept heures et vingt

Descendu dans un village
Sentait l’bois, sentait l’sapin
J’entends le picbois dans son arbre
Je me sens loin, mais je me sens ben

Laisse-moi pas r’venir en ville
Tape-moi sur ma tête de bois
Picbois, laisse-moi pas tranquille
Picbois, j’veux plus m’en aller

Descendu dans un village
Sentait l’bois, sentait l’sapin
J’suis tombé comme un orage
En plein été des Indiens

J’ai rien amené avec moi
Juste mon billet de retour
J’ai eu le goût de le déchirer
Le picbois m’a joué un tour

Laisse-moi pas r’venir en ville
Tape-moi sur ma tête de bois
Picbois, laisse-moi pas tranquille
Picbois, j’veux plus m’en aller

Quand t’es né sur du béton
Tu sais pas les noms d’oiseaux
Je les connais pas par leurs noms
Je vais m’asseoir sans dire un mot

À l’heure où les gens s’éveillent
J’suis monté jusque dans le bois
Pour me laver les oreilles
En écoutant le picbois

Laisse-moi pas r’venir en ville
Tape-moi sur ma tête de bois
Picbois, laisse-moi pas tranquille
Picbois, j’veux plus m’en aller

Postée par d0ud0un3 voici une vidéo qui illustre ce déchirement entre la modernité et la vie traditionnelle et qui illustre bien cette superbe chanson.

_____________

Il y a couramment une résistance sociale internationale contre la dépersonalisation engendrée par les pratiques économiques  des multinationales et contre les pratiques financières destructrices du monde bancaire international. Les organismes non gouvernementaux, les associations communautaires, les regroupements de citoyens, les groupes d’intérêts et bien d’autres se mobilisent pour protéger les cultures, les économies locales et les personnes contre les énormes entités anonymes tant politiques qu’économique et financières.

Je n’ai pas la référence en mémoire (aidez-moi si vous pouvez), mais un philosophe français a récemment indiqué que lorsque notre système capitaliste s’effondra (ce qui ne saurait tarder selon moi, d’après une progression mathématique inévitable telle que décrite dans Das Kapital de Karl Marx [je ne suis pas marxiste, juste réaliste], progression qui aujourd’hui nous parait évidente si on l’examine sans préjugés politiques) notre civilisation ne saura se relever que grâce aux mouvements sociaux et communautaires qui sauront reconstruire une économie nouvellement ancienne, une nouvelle économie traditionnelle. On y reviendra.

Claude

Advertisements
À propos

Directeur général Association pour la création littéraire chez les jeunes « Permettre aux jeunes personnes de s'approprier leur littérature. »

Tagged with: ,
Publié dans Animaux dans a littérature, Comportement animalier
2 comments on “Le Picbois du déchirement
  1. Ollivier dit :

    Claude,

    vous dites:
    ‘lorsque notre système capitaliste s’effondra (ce qui ne saurait tarder selon moi) notre civilisation ne saura se relever que grâce aux mouvements sociaux et communautaires qui sauront reconstruire une économie nouvellement ancienne, une nouvelle économie traditionnelle’

    Ne croyez-vous pas que nous assistons déjà à une telle transformation, à l’intérieur même du capitalisme? Voir le web qui est à 60% non commercial et qui crée des liens extraordinaires entre les gens. Voir Wikipedia, exemple fascinant de communuaté intellectuelle.

    • macmaitre dit :

      Je suis d’accord avec vous, en partie M. Dyens. Il y transformation maintenant. Et ça se passe alors que notre système capitaliste démontre de solides douleurs de croissance, ou de déchéance, selon le point de vue. Mais, comme avec tout systèmes, il y a une relation de prédation. Le commercial essaie de s’accaparer le net. J’ai connu l’Internet avant le «.com» alors qu’il était 100% non-commercial. À cette époque (pour moi de 1989 à 1995), alors que les communications étaient lentes (j’ai commencé avec un modem de 300 baud), si quelqu’un envoyait un SPAM (un message commercial non sollicité), le récipiendaire du message lançait une campagne de FLAME qui aboutissait par l’envoi par des centaines de milliers d’utilisateur d’un message de protestation à l’envoyeur du SPAM et à son hôte. Pas besoin de vous dire que l’usager et son fournisseur internet ne répétaient pas l’expérience.

      Pour le moment, je ne vois qu’Amazon à titre d’entreprise de commerce de type traditionnel réflétant la nouvelle réalité du Net en tant qu’organisme social. C’est le modèle qui brise les systèmes de distribution traditionnels avec limites politiques et géographiques. Sur Amazon, on peut acquérir des livres, de la musique et des films en provenance de tous les marchés, si pointu ou locaux soient-ils. Même le iTunes music store, malgré sa popularité internationale, est limité géographiquement dans la distribution de son contenu. Limité par les modèles de distribution des grandes compagnies de musique et de distribution cinématographique. Qui refusent encore de s’adapter aux nouvelles réalités.

      Certains pourront dire qu’il y a d’autres modèles comme Netscape, Firefox, Google, Yahoo, AltaVista par exemple. J’en conviens. Mais ces entreprises n’offrent pas un produit de distribution traditionnel. Elles font partie de la nouvelle économie du savoir. Et remarquez tous les efforts mis en place par Microsoft pour les faire disparaître du paysage ou pour s’en accaparé le rayonnement.

      À mon avis les regroupements sociaux, dont les nombreux exemples proviennent de l’Internet avec des projets comme Wikipédia, que vous mentionnez, comme le projet de collaboration sur les logiciels SourceForge.net, ou comme celui d’avaaz.org qui organise des protestations sociales en créant des événements sur toute la planète et qui permettent d’envoyer des messages tant sociaux que politiques aux dirigeants, regroupement qui s’ajoutent aux ONG, à la Croix-Rouge, à Médecins-sans-frontières, à Greenpeace, tous ces regroupements sont l’amorce de ce qui pourra transformer l’économie et la politique à partir d’une base plus « humanitaire», plus sociale, et non pas pour le compte « du profit des actionnaires » qui est la seule raison d’être des corporations.

      Un reportage montrait hier soir le poste canadien Documentary (intitulé « Philantropist Inc. » (je crois), et dont je n’ai attrapé que la fin, démontrait que les grosses entreprises dont Coca-Cola, commencent à envisager sérieusement tout ce qui touche à leur responsabilités sociales. Et si pour le moment, plusieurs questionnent leur motivations, il y a définitivement un besoin et une réalité sociale qui forcera les corporation à prendre un part plus active au sein des communautés.

      J’aime bien ce qu’en pensait les dirigeants des sept nations iroquoises, avant l’arrivée des « civilisés » européens. Aucune décision importante n’était prise par le conseil sans évaluer les effets de ces décisions sur les sept générations à venir. On se demande qui étaient les « sauvages » …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire a ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par e-mail.

Rejoignez 263 autres abonnés

Partagez

Bookmark and Share

Mes archives
Catégories
%d blogueurs aiment cette page :