Les animaux dans la littérature

Les animaux sont évidemment omniprésents dans notre littérature, tant orale qu’écrite.

Dans les traditions orales, de par le monde, la plupart des contes ayant des animaux comme protagonistes commencent par «Au temps où les animaux parlaient encore » (tiré de L’Idiot et l’écureuil, L’Écureuil et le pigeon, Le Lion et les crapauds, trois contes traditionnels Camerounais, à être publiés en 2010 par l’Association pour la création littéraire chez les jeunes, voir www.projetjeunesse.com).

Many a tale begins with the line « These things happened long ago, when animals could speak like men. » Throughout the folk traditions and religions of the world, animals appear as reincarnated ancestors, messengers of the gods and goddesses, divine beings themselves, creators as well as supporters of the world. They assume the roles of causers of earthquakes, familiars, protectors, teachers, weather makers, life tokens, doubles, and guides of souls to other worlds of existence. In Norse tradition, the Swedish wise women called « vargamors » were known to have wolf familiars. […] The relationship between humans and animals is a divine one. Many traditions around the world perceive animals and people as coming from the same divine place. Because of this, some cultures believe individual people and animals share a soul. Certain people are born with the ability to understand the speech, communication, and messages of power animals. Other people acquire the faculty as a divine gift, from a specific power animal, goddess or god, or by magical means.
Source www.geocities.com/cheryl_rune/rune_magic_poweranimals.html

Dans notre culture occidentale, « Les fables d’Ésope sont un recueil de fables en prose attribuées à Ésope, écrivain grec. Elles ont inspiré les fables de La Fontaine. » (voir Wikipédia). D’un point de vue scientifique, ce genre de littérature a longtemps servi, et sert toujours, à prévenir la recherche sur le comportement animalier et sur l’intelligence des animaux.

Couverture de When Elephants Weep: The Emotional Lives of Animals de Jeffrey Moussaieff Masson et Susan McCarthy.

Couverture de When Elephants Weep: The Emotional Lives of Animals de Jeffrey Moussaieff Masson et Susan McCarthy.

L’accusation d’antropomorphisme est une grave cause de discrédit au sein de la communauté scientifique, tel qu’expliqué dans le prologue de When Elephants Weep: The Emotional Lives of Animals de Jeffrey Moussaieff Masson et Susan McCarthy. « For a long time the mental experiences of animals were forbidden territory for scientists » Donald R. Griffin auteur des livres Animal Minds et The Question of Animal Awareness (cité sur couverture de Mind of the Raven de Bernd Heinrich et dans le prologue ci-haut mentionné).

Couverture ee How Dogs Think de Stanley Coren

Couverture de How Dogs Think de Stanley Coren

Pourtant, dans un de ses dialogues, Platon présente une discussion entre Glaucon et Socrate dans lequel ce dernier démontre que son chien est un véritable philosophe.

Diogène, contemporain de Platon, « thought dogs were extremely moral and intelligent and even adopted the nickname « Cyon, » which means « Dog. » He would go on to found one of the great ancient schools of philosophy, and he and his followers would become known by his nickname as « Cynics » or « Dog Thinkers. » »
Extrait en page 2 de How Dogs Think: What the World Looks Like to Them and Why They Act the Way They Do de Stanley Coren, aussi auteur de The Intelligence of Dogs.

La démonisation des animaux dans la tradition chrétienne (malgré L’Arche de Noé et malgré St-François D’Assise), notamment démontré par la chasse aux sorcières et aux chats de l’Inquisition, et perpétués dans les contes des frères Grimm, est une source indéniable de mauvaises perceptions sur le comportement animalier. Qu’on pense à l’idée négative du loup véhiculé par des histoires comme Le Petit chaperon rouge, par exemple, ou de la baleine dans la fable de Jonas, idées acceptées comme fait par des millions de personnes.

Pourtant, il n’existe aucun témoignage qui démontre que les loups aient jamais fait des victimes humaines, ni qu’un cétacé n’ai jamais attaqué, encore moins avalé, un être humain. Comme le disait un pêcheur anonyme de Terre-Neuve « They never hurt we, and we never hurt they ».

Dans son White Fang de 1906, Jack London présente la perspective animale du monde des humains.« Much of the novel is written from the view-point of animals, allowing London to explore how animals view their world and how they view humans. White Fang examines (sometimes graphically) the violent world of wild animals and the equally violent world of supposedly-civilized humans. The book also explores complex themes including morality and redemption. » Voir entrée Wikipedia.

Couverture de Selected Stories of Ernest Thompson Seton.

Couverture de Selected Stories of Ernest Thompson Seton.

C’est à un naturaliste, peintre animalier, écrivain Canadien d’origine écossaise et puis naturalisé américain, Ernest Thompson Seton qu’on doit l’apparition d’un nouveau genre littéraire. « In the late 19th century, the impact of the Canadian wilderness on writers led to the formation of a new and uniquely Canadian genre, the realistic animal story. » Voir sur Amazon.

Ce que Seton amenait de neuf est la création d’histoires fictives de vécu d’animaux à partir d’observations scientifiques.

Tableau Sleeping Wolf du peintre naturaliste Ernest Thompson Seton

Tableau Sleeping Wolf du peintre naturaliste Ernest Thompson Seton

Peu connu aujourd’hui, Seton est pourtant l’auteur de plus de 1 000 articles scientifiques et de vulgarisation sur les Premières Nations, sur la nature et sur les animaux. Il est aussi fondateur véritable du mouvement scout, et non pas Baden-Powell. Il est l’auteur de nombreux contes, essais, et romans ayant pour protagonistes des animaux, non pas anthropomorphisés, mais présentés selon leur propre perspective et démontrant leur comportement naturel.

Avec son roman Lobo, qui traite d’un fait vécu par l’auteur même, il démontre, dans un processus de découverte et de dissipation du mythe, les caractéristiques humaines du loup et le comportement sauvage de l’humain.

Couverture du roman autobiographique Never Cry Wolf de Farley Mowat.

Couverture du roman autobiographique Never Cry Wolf de Farley Mowat.

C’est un autre écrivain canadien, un biologiste cette fois, qui dissipera définitivement les mythes entourant le loup avec son Never Cry Wolf. Dans ce récit autobiographique, comme le sont presque tous ses écrits d’ailleurs, Farley Mowat mène en 1949 une enquête pour le compte du gouvernement canadien qui cherche à établir la responsabilité du loup dans la décimation des populations de caribous dans le Nord canadien.

Il est le premier scientifique à établir le fait que les loups ne tuent qu’un petit nombre de caribous, presque toujours des individus âgés, malades ou autrement faibles par leur jeunesse et leur inexpérience. Ils contribuent donc au processus qui renforce la vitalité biologique de l’espèce.

En période où les caribous ne sont pas disponibles, notamment en hiver, les loups mangent des souris qui sont abondantes. Comme bien des scientifiques avant lui, Mowatt apratiqué une expérience sur lui même. Il s’est même soumis au régime alimentaire hivernal des loups et a prouvé qu’un grand carnassier peut survivre, même l’hiver intense de l’Artique canadien, avec un régime de souris, à condition de les manger entières, peau et queue comprises.

Finalement, preuve à l’appui, ce sont les chasseurs, riches touristes étrangers et non les chasseurs traditionnels autochtones et encore moins les loups, qui, en tirant à partir de leur avion loué pour l’occasion, tuent un grand nombre de superbes bêtes afin de pouvoir choisir la meilleure tête pour leur collection.

Évidemment, et comme dans la fable de la cave de Platon, son rapport n’a pas pas été cru car il transformait l’ordre établi des choses. Toutefois, son roman est une des amorces du mouvement écologiste et de la protection des animaux sauvages, notamment à propos des prédateurs qui maintiennent une balance écologique dans leur milieu. On peut d’ailleurs voir les résultats aujourd’hui avec les efforts de réintroduction du loup dans le parc national de Yellowstone aux États-Unis. Réintroduction qui ne se fait pas sans créer des difficultés dans l’esprit des ranchers bordant ce parc.

Les perceptions animalières négatives sont entranchées au sein même de la langue. On traite quelqu’un grossier, sale ou gourmand de porc, d’un endroit d’une saleté repoussante de porcherie, ou bien de vacherie à propos du caractère d’une personne vache, méchante. On traite de chien une personne méchante ou avare, de sangsue une personne qui soutire de l’argent ou des avantages par tous les moyens ou bien une personne importune dont on ne peut se défaire, on traite de pieuvre une personne avide, insatiable, qui ne lâche jamais ce dont elle s’est emparée.

On se fourre, on se jette, on se précipite, ou on tombe dans la gueule du loup lorsqu’on s’expose à un danger certain, de façon très imprudente. Lorsqu’on hurle avec les loups c’est qu’on se conforme aux comportements et opinions des gens avec qui l’on se trouve pour critiquer, attaquer. On dit d’une personne méchante, malfaisante, médisante qu’elle est une vipère. Qu’une personne avare et mesquine est un rat. (Toutes ces définitions proviennent des dictionnaires électroniques dans Antidote RX).

Lorsqu’un écrivain veut décrire une personne peu ragoutante, des termes dénigrants ne manquent pas et font très souvent référence aux animaux. Ne dit-on pas un sauvage pour indiquer un mauvais caractère ou un être moins civilisé que nous.

À titre d’exemple,  « Sa face noire [la couleur du démon et des sauvages d’Afrique — dans la pensée chrétienne et colonialisatrice (pas dans la mienne)], que j’apercevais ainsi soudainement, me fit tressaillir. Elle se projetait en avant d’une façon qui faisait penser à un museau [« Comme vous avez un grand nez mêre-grand? »], et son immense bouche à demi ouverte montrait deux rangées de dents blanches plus grandes que je n’en avais jamais vu dans aucune bouche humaine [« Comme vous avez de grandes dents mère-grand? »]. Ses yeux étaient injectés de sang, avec un cercle de blanc extrêmement réduit autour des pupilles fauves. Il y avait sur toute cette figure une bizarre expression d’inquiétude et de surexcitation. » aux pages 202-203 de L’Île du Docteur Moreau de H.G. Wells (édition Livre de Poche).

Un museau, une grande gueule et des yeux fauves accompagné d’une surexcitation qui sera reproduite avec la meute de chiens muselés quelques paragraphes plus loin. Sans compter les contrastes de couleurs partant d’une face noire, jusqu’aux yeux fauves (de couleur tirant sur le roux) cerclés de blanc baignant dans le sang rouge.

Dans ce roman les animaux ne sont pas simplement inquiétants par leur nature sauvage habituelle. Ils sont terrifiants par ce que les expériences génétiques du Dr. Moreau en on fait.

Ce type du savant à moitié fou et doté d’une double personalité, comme dans le roman L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson, est une reprise de Frankenstein ou Le Prométhée moderne de la jeune britannique Mary Shelley.

De plus, « L’île du docteur Moreau, à travers une histoire violente racontée par un narrateur dépassé par les événements, pose la question de la part animale de l’humanité, révélée à travers les hommes-animaux de l’île. ». Voir Wikipédia.

Dans ce roman est exprimé la peur de l’humain dit civilisé de retomber à l’état sauvage. Cet état naturel dont ont traité les philosophes depuis Thomas Hobbes. La ligne de démarcation entre les deux états se faisant de plus en plus minces depuis les théories évolutionnistes de Charles Darwin remettant en question les théories créationistes acceptées jusque là. Débat qui a toujours cours, non seulement dans le Sud chrétien des États-Unis, mais aussi dans le Proche et le Moyen Orient islamiste.

Mais, la nature est-elle aussi sauvage que le décrit John Burroughs dans son livre de 1920 Accepting the Universe, avec

Biological laws are as remorseless as physical laws. The course of animal evolution through the geologic ages is everywhere marked by the triumph of new and superior forms over the old and in ferior forms. Among the lower races of man, our remote savage ancestors, might ruled. The strong and prolific tribes supplanted those that were less so, and, among the nations, up to our own day, the rule of natural competition, or survival of the fittest, has held full sway. Those nations which are dominant are so by virtue of their superior quali ties, physical, moral, or intellectual. It is not a question of might except in so far as this question is linked with the question of moral and intellectual superiority.

Is there, then, no such thing as equity, justice, fair play in the world? Shall I seize my neighbor’s farm and despoil him of his goods and chattels be cause I am stronger than he? Shall one state in vade and despoil another, or seize its territory, be cause it is stronger and considers itself more fit to survive?
Pages 140 et 141, voir version en ligne sur Questia.

Des livres plus récents nous permettent aujourd’hui de jeter un regard différent sur la nature qui nous entoure et plus particulièrement sur la nature de nos rapports avec les animaux.

Couverture du roman The Clan of The Cave Bear de Jane Auel, premier roman de la série Earth's Children.

Couverture du roman The Clan of The Cave Bear de Jane Auel, premier roman de la série Earth's Children.

Du côté fiction, la saga Earth’s Children (Les Enfants de la terre en français) de Jean M. Auel, comprenant The Clan of the Cave Bear, The Valley of the Horses, The Mammoth Hunters, The Plains of Passage et The Shelters of Stone, explore la nature de la naissance de l’humanité et de sa relation avec les plantes et avec les animaux au moment même du début de leur domestication. L’héroïne Ayla et son compagnon Jondalar seront accompagnés de leur amis le lion

Photo tiré du film Bringing Up Baby avec Catherine Hepburn et Carry Grant.

Photo tiré du film Bringing Up Baby avec Catherine Hepburn et Carry Grant.

gigantesque nommé Baby (potentiellement une référence au film de 1938 Bringing Up Baby avec Catherine Hepburn et Cary Grant),  le superbe loup Wolf et les fidèles chevaux Whinney et son fils Racer.

Des livres, parmi ceux que j’ai en main, comme The Man Who Listens to Horses de Monty Roberts qui redéfinit notre rapport avec les chevaux; When Elephants Weep: The Emotional Lives of Animals de Jeffrey Moussaieff Masson et Susan McCarthy qui est une sérieuse étude sur la nature des émotions; Animals in Transition: Using the Mysteries of Autism to Decode Animal Behaviour de Temple Grandhim et Catherine Johnson qui démontre notamment que l’hypersensibilité des personnes autistiques est un point de jonction avec

Couverture de l'étude Mind of the Raven de Bernd Heinrich.

Couverture de l'étude Mind of the Raven de Bernd Heinrich.

le monde animal; Mind of the Raven de Bernd Heinrich qui prend une approche biologique pour explorer la nature de l’intelligence des corbeaux remettant en question nos nombreux préjugés; In the Company of Crows and Ravens de John M. Marzluff et Tony Angell qui explore notre intéraction avec les autres espèces et plus particulièrement avec les associations culturelles des individus de la famille des corvidés; Living Things We Love to Hate: Facts, Fantasies  Fallacies de Des Kennedy qui couvre une série de  mauvaises conception que les humains ont à propos d’un ensemble d’autres formes de vies; et Dog Whisperer de Cesar Millan, qui est un compagnon à son émission éponyme très prisée

Couverture du guide Dog Whisperer with Cesar Millan basé sur la série télévisée par la chaîne National Geographic.

Couverture du guide Dog Whisperer with Cesar Millan basé sur la série télévisée par la chaîne National Geographic.

sur la chaîne National Geographic et dont le slogan est « I réhabilitate dogs and I train people ».

Tous ces bouquins, et bien d’autres, suivent la trace du The Expression of the Emotions in Man and Animals de Charles Darwin. Avec cette exploration, nous sommes en mesure de redéfinir non seulement nos relations interespèces, mais aussi notre concept de l’humanité et de notre place dans l’écosphère.

Claude

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Directeur général Association pour la création littéraire chez les jeunes « Permettre aux jeunes personnes de s'approprier leur littérature. »

Publié dans Animaux dans a littérature, Comportement animalier, littérature francophones, Recherches animales

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