Défaire la solitude par le blog

Dans le cadre de notre travail pour le séminaire FLIT 614, nous avons créé, chaque personne du groupe, un blog qui devrait nous permettre d’échanger entre nous en vue de créer par synergie une forme d’intelligence supérieure à ce que nous sommes capable individuellement.

Force m’est de constater à l’usage, jusqu’à présent, que cette synergie ne se développe pas telle qu’envisagée par le professeur Ollivier Dyens. La nature et le nombre des activités obligatoires de nos trois séminaires, tant les lectures (avec absorption mentale de la matière), les fiches de lectures, les présentations orales que les travaux de recherches en plus de nos autres activités nous offre peu de temps pour alimenter notre propre blog. Mais pire encore, c’est le commentaire des blogs des autres qui ne se fait pas, commentaires qui normalement seraient complétés par nos réponses à ces commentaires.

Et j’en suis aussi coupable que vous tous et toutes. Chaque jour me vient en tête dix ou douze nouvelles idées d’entrées pour mon blog. Chaque jour je me dis que je vais répondre aux articles intéressants de mes collègues. Et puis, la lecture, plus particulièrement l’absorption de la matière couverte, et les autres travaux ayant des dates de tombées approchant au pas militaire de 120 battements à la minute, le blog prend malheureusement du retard. Je me dis qu’après mes présentations orale, je disposerai d’un peu plus de temps.

Pendant des années, j’ai participé à des groupes de nouvelles (newsgroups) qui sont des groupes d’échanges et de discussions basés sur des sujets d’intérêts très pointus et j’ai aussi participé à des forums spécialisés qui sont d’autres groupes d’échanges basés sur une thématique plus large que les newsgroups.

Un aspect important est de suivre, au jour le jour, les interventions et de répondre à ou de commenter à mesure ces interventions. Créant ainsi un échange valorisant avec des personnes intéressées et à partir de sujets d’intérêts partagés. C’est ce type d’échange qui est au coeur du succès des blogs, qui est l’aboutissement des newsgroups et des forums. Et c’est ça une partie du succès véritable de la toile maintenant. C’est la création de multiple ruches d’intérêts communs, plus ou moins fédérées les unes aux autres ou plus précisément avec la capacité instantanée de se fédérer entre elles.

Évidemment on me répondra que certains blogs n’atteignent jamais une vitesse de croisière suffisante sur l’autoroute. J’en conviens, mais chaque blog possède la chance de se propager selon les capacités de la personne qui le crée, si ce n’est que dans le réseau même de l’auteur. Et, si le sujet couvert ou le traitement que l’on en fait le mérite, selon un critère difficile à établir et qui mérite une recherche approfondie (qui existe peut-être d’ailleurs, ce que je n’ai pas vérifié), il a la possibilité d’obtenir une couverture globale, voire virale, sur la toile. Et s’il est constamment alimenté, il devient un site de référence, un incontournable.

Évidemment ces blogs sont normalement créés par des personnes passionnées de leur sujet. Le besoin de transmettre cette passion est ce qui motive ces individus à s’exposer au monde. Ce qui fait contraste avec notre projet ici même. Notre blog ne représente principalement qu’une autre activité imposée. On peut l’accomplir de façon enthousiaste, et plusieurs parmi nous l’ont fait. Surtout que notre sujet d’étude s’y porte tant par sa diversité que par ses centres d’intérêts situés au coeur même à la fois de la pensée et des inquiétudes contemporaines, rejoignant les notions d’ethos, de logos et de phatos.

Mais, nous sommes des chercheurs traditionnellement habitués à travailler de façon solitaire et de ne présenter à notre  public cible qu’une version peaufinée du résultats de nos recherches. Nous ne sommes pas habitués à travailler en équipe dans le cadre de projets évolutifs. La gloire que nous recherchons, cet aspect éphémère qui illumine nos horizons, sera nôtre et non pas celle d’un groupe. D’ailleurs le fait que nous recevrons une note d’évaluation sur notre travail influence notre façon d’aborder ce projet, nonobstant la portion de la note couvrant la participation du groupe à l’ensemble.

Autre facteur limitatif se différenciant de la pratique même du « bloggage », est la limite de réseautage imposée à notre blog, limite imposée pour des raison évidentes pour fin de capacité d’évaluation du travail fourni. Si notre charge de travail nous semble plutôt lourde, essayons de nous imaginer celle de « Vice-Provost, Teaching and Learning » d’une institution de la taille de Concordia sans compter la charge de cours de M. Dyens.

C’est la lecture du mémoire de maîtrise de Sophie Dubois, cette doctorante qui est venue nous faire une présentation dans le cadre du séminaire FLIT 615, qui m’a incité à produire le présent article. Son analyse de deux personnages alcooliques parmi les nombreux personnages de VLB m’a indiquée, indirectement, une spécificité historique de l’activité de blog, de la nature de son impact et de son succès en tant que « topos de la psychanalyse […] la talking cure. »(p. 23).

Pour moi, l’activité discursive du bloggeur, comme celle des alcooliques, représente ce qu’elle décrit comme « La parole et le récit jouent donc un rôle capital dans la libération de Malcomm puisque c’est par eux qu’il peut extérioriser ses pulsions. En ce sens, l’ivresse, considérée comme un stimulant à la parole, s’avère à la fois maladie et remède. » (p. 22).

Il m’a sussi semblé reconnaître cette mentalité des participants de newsgroups, de forums et de blogs lorsqu’elle écrit « Cependant, Marie-Béatrice Samzun le mentionne, si « l’alcool offre aux hommes une possible communication », cette volubilité, le plus souvent, « ne trouve point d’écho » chez les autres buveurs et finit par prendre, comme c’est le cas chez Malcomm, la forme du monologue. Le pouvoir d’action de « l’homme des tavernes » demeure alors quasi inexistant. Son rayon d’intervention se limite à son imaginaire et aux jugements qu’il peut porter sur lui-même. » (p. 18, je souligne en gras).

Similarités, mais aussi différence fondamentale. Le clivage entre l’oralité d’un discours éthylé et la perception du côté raisonnable du discours écrit, me semble important. L’autre différence est l’audience potentielle. L’impact d’un énoncé, si cohérent et si intelligent ou si émotionnellement attirant soit-il, ne peux pas se mesurer de la même façon lorsque prononcé en présence de quelques récepteurs plus ou moins absorbés dans leur propres calvairs éthylés et dont la mémoire a peu de chances de retenir bien longtemps des traces de tels énoncés en de telles circonstances. Au contraire, l’énoncé émis sur la toile, de par sa nature organisationnelle, devient permanent, assurant une forme d’immortalité à son auteur, comme le mentionnait Andrew lors de notre dernier séminaire. S’il n’est pas lu tout de suite, il le sera dans le temps et l’espace, par une ou plusieurs personnes, éventuellement.

Enfin, je voulais vous soumettre cette petite évaluation personnelle de notre projet commun en cours. Je tenais aussi à vous faire savoir que dès que je pourrai, bientôt je l’espère, je répondrai à vos entrées de blog. Ce n’est pas le manque d’intérêt pour ce que vous avez produit, au contraire. Mais il faut bien penser certaines réponses à des sujets portant à réflexion. Et pour pouvoir penser, il nous faut ce luxe de notre époque, le temps.

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À propos

Directeur général Association pour la création littéraire chez les jeunes « Permettre aux jeunes personnes de s'approprier leur littérature. »

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Publié dans Collaboration sociale
3 comments on “Défaire la solitude par le blog
  1. Tanya dit :

    J’aime que tu notes comment les chercheurs traditionnels ont l’habitude de présenter des travaux terminés et peaufinés. C’est justement ce que je trouve intéressant dans l’exercice du blogue qui pousse d’abord à se mettre en danger. Outre des interventions spontannées en classe, il est rare que l’on partage véritablement notre pensée avec nos collègues de classe. Alors que dans ce contexte, il s’agit véritablement de dévoiler ses pensées et opinions.

    Publier des articles de blogues semble est aussi un exercice intermédiaire dans la mesure où publics, ils se doivent d’être une certaine qualité. Un blogue se devrait pourtant d’être aussi court et direct : il ne devrait pas s’agir de dissertations. J’aime écrire sur des blogues parce que je trouve qu’il s’agit d’un bon moyen de vulgarisation, une manière de rendre des concepts théoriques accessibles. Mais comme tu le soulèves Claude, dans notre cas précis, c’est différent puisque nous seulement nous sommes notés, mais nous restons aussi dans notre petit groupe d’étudiants de maîtrise… ce qui va tout à fait à l’encontre du blogue. Pour l’anecdote, mon amie et collègue Jessica, qui m’envoie constamment des sujets à couvrir, refuse de lire mes articles parce qu’elle dit que ‘quand j’écris en français, c’est bien trop compliqué’. Bon. Exercice de démocratisation raté.

    Mais pour finir sur la petite évaluation que tu proposes, je trouve tout de même qu’il s’agit finalement d’un exercice pédagogique extrêmement intéressant qui pousse justement les étudiants à constamment avoir le sujet du cours en tête… comme tu le dis si bien, tu penses à 10-12 nouvelles entrées par jour. Et même si les commentaires ne sont pas aussi nombreux qu’on aurait pu le croire, l’espace de dialogue est créé. En fait, je suis si enthousiaste par l’idée que je me suis employée à convaincre des amis profs d’inclure l’idée dans leurs cours. Qui sait, on créera peut-être un mouvement (ou une ruche, ou un mème … )

    • macmaitre dit :

      Merci Tanya de tes commentaires. J’apprécie énormément.

      Comme exercice pédagogique je pense que notre exercice commun est le meilleur exercice d’apprendre-tissage qui se puisse. Dans ce séminaire, non seulement nous couvrons une matière emballante et riche, mais nous sommes en mesure de partager tant nos élucubrations que le résultat de nos recherches dans un espace-temps presque instantané. Et ça c’est formidable. Comment sont les réactions dans ton milieu d’enseignement à qui tu propose cet outil pédagogique? Tiens nous au courant car c’est d’une importance capitale, il me semble.

      Avec l’Association pour la création littéraire chez les jeunes (www.projetjeunesse.com) nous aidons des intervenants et groupes de la francophonie à créer des activités de création littéraire menant à une publication internationale, sans buts lucratifs, sur support papier et en format électronique. Un de mes projets est de créer un blog, de l’alimenter et de faire en sorte que nos intervenants en provenance de plus de vingt pays de la francophonie puisse garder le contact entre eux. Pour moi notre démarche avec ce blog est donc essentielle et sera profitable. Car malgré mes plus de vingt années d’expérience à titre de technicien, conseiller, revendeur et formateur en micro-informatique Macintosh, je n’avais jamais créé de blog auparavant, n’ayant aucun contenu régulier à diffuser, sauf le produit de ma grande gueule. 🙂 Et j’ai toujours résisté l’idée de tenir un journal personnel, une sorte de canif suisse comportant notamment une énorme lame à deux tranchants.

      J’aime bien ta remarque sur le niveau de langue. C’est effectivement une différence non-négligeable. En fait, tout dépend du public ciblé par notre discours. On n’écrit pas de la même façon sur myspace que sur LinkedIn. J’ai amené ce sujet de discussion de notre exercice, pas pour me substituer à l’analyse de M. Dyens (Janet m’en a d’ailleurs fait la critique), mais pour essayer de brasser notre petite ruche (moi le premier) avant la fin du trimestre.

  2. […] une place dans la société et il n’est plus écarté à cause de son corps. D’ailleurs,  Claude donne une très belle exposition de comment l’anonymat par le blog ou autre peut créér l’illusion de l’entourage […]

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