Virtualisation du je.

Dans notre séminaire, nous examinons la transformation de la notion de ce qu’est être humain. Notre place dans le monde physique, celui qu’on dit réel et qui est basé sur nos sens biologiques. Nous avons aussi abordé la dépendance aux outils des technologies informatisées, sans lesquels nous aurions maintenant de la difficulté à opérer dans notre monde.

Nous avons peu abordé la question des mondes virtuels qui permettent de participer à des interactions virtuelles. L’exemple le plus fascinant est évidemment le jeu Second Life qui permet de se créer toute une vie virtuelle tout en y dépensant de l’argent bien réel.

Déjà avec les moyens de communication en ligne il est possible de garder le contact avec des gens de partout au monde comme s’ils étaient tout près. Les outils de courriels, de partage de documents comme dans Google, Mobile Me et dans LinkedIn, et de téléconférence tels iChat/AIM, Yahoo!Messenger, Microsoft Messenger, par exemple, en plus des forums de discussion et des blogs permettent même de travailler en équipe sans avoir à se déplacer.

story.secondlife.ll

Des travailleurs peuvent maintenant collaborer dans les mondes virtuels de Second Life.

Maintenant, il est aussi possible de créer des espaces de collaboration de travail directement dans le monde du jeu virtuel Second Life.

Dans un article sur cnn.com, on fait état de plus de « 1 400 organisations — entreprises, institutions éducationnelles, agences gouvernementales et même les forces armées américaines » qui utilisent Second Life comme lieu de réunions, de congrès ou de développement de nouvelles technologies.

Ce qui différencie la collaboration à l’aide de l’outil Second Life est l’usage d’une personnalité virtuelle visible qui nous représente auprès de nos collègues. Les autres outils de collaboration précédemment mentionnés sous-entendaient notre personnalité au travers de nos écrits. L’utilisation d’une photo ou d’un avatar pouvait parfois nous permettre d’ajouter un court signe visuel.

Dans Second Life, l’avatar est plus qu’une représentation rapide de comment on veut paraître sommairement. Ici, on se choisit un corps, une tenue vestimentaire, une personnalité, une façon d’agir, un statut social. Nous pouvons y créer le moi à l’image de notre fantaisie.

Comme le font les enfant dans leurs façon de jouer (exemples qui sont naturels pour une majorité d’enfants, politically correct ou non), les petites filles qui montent des sketches costumés, les petits garçons qui jouent à la guerre, la création d’une personnalité virtuelle est un concept sain qui permet pendant une période de jeu, reconnue comme telle, de se sortir du quotidien et d’explorer l’imaginaire. Même l’être imaginaire qui accompagne nombre d’enfants est une sorte de valve émotionnelle nécessaire au sain développement du je.

Le danger des mondes virtuels, auparavant associé à la folie, est de s’y perdre. De ne plus retrouver son chemin vers le village et de demeurer au centre de la forêt vierge et remplie de dangers inconnus. Pourtant, c’est dans ces mêmes errances hors normes que l’on a souvent trouvé le génie.

Que le jeu virtuel avec le moi redéfini soit en train de devenir un espace de vie réelle est une transformation radicale de notre façon d’interagir. Qui sait où ira le je…

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À propos

Directeur général Association pour la création littéraire chez les jeunes « Permettre aux jeunes personnes de s'approprier leur littérature. »

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Publié dans Économie, Nouvelles Techno, technologie éducationnelle, Technologies virtuelles
4 comments on “Virtualisation du je.
  1. Tanya dit :

    Je dois avouer que je suis intriguée par ce concept. La personnalité virtuelle devient celle présentée dans un cadre professionnel? Il me semble que cette composante de la personnalité est pourtant le plus construite, la plus surfaite, la partie la plus dénuée de fantasmes de notre personnalité. Il semble que pour réussir professionnellement, il faut que l’image projetée au travail soit être rationnelle, efficace et rigide, non pas l’objet de manipulations fantasmatiques. Quel devient l’intérêt de présenter cette image construite dans le monde virtuelle, si c’est aussi celle qui doit être jouée au quotidien? Est-ce qu’assumer un rôle rigide dans le monde virtuel permettrait d’inverser les rôles et exploiter les fantasmes identitaires dans la réalité?

    • macmaitre dit :

      Une très bonne question Tanya. Où sera la ligne de démarcation?

      Ta question en soulève une autre : est-ce une autre façon qu’on trouvé des employeurs pour s’accaparer jusqu’à l’imaginaire de ses employés puisqu’ils les possèdent déjà dans le plus gros de leur réalité?

      VLB souligne ce type d’accaparement par le système de production dans son « Se Déprendre de soi-même: Dans les Environs de Michel Foucault » lorsqu’il cite Foucault à propos des mécanismes du contrôle des populations par la répression de la sexualité qu’on peut étendre ici à la récupération par les entreprises de la personnalité virtuelle de ses travailleurs « si le sexe est réprimé avec tant de rigueur, c’est qu’il est incompatible avec une mise au travail générale et intensive ; à l’époque où on exploite systématiquement la force de travail, pourrait-on tolérer qu’elle aille s’égailler dans les plaisirs, sauf dans ceux, réduits au minimum, qui lui permettent de se reproduire? » (p. 86).

      Car « au nom de la reproduction d’une race saine parce qu’on veut avoir de bons ouvriers dans les usines, capables de travailler douze heures par jour et six jours par semaine[…] la tâche de chasser la réalité les formes de sexualité qui ne sont pas soumises à l’économie stricte de la reproduction : dire non aux activités infécondes, bannir les plaisirs d’à côté, réduire ou exclure les pratiques qui n’ont pas pour fin la génération. » (p. 91-92).

      Pour aboutir à « assurer le peuplement, reproduire la force de travail, reconduire la force des rapports sociaux, bref aménager une sexualité économiquement utile et politiquement conservatrice » (p. 93).

      Les outils technologiques permettent déjà aux employeurs de s’approprier tout le temps de ses employés, depuis la pagette et le cellulaire, outils qui permettent une disponibilité 24/7, en passant par l’ordinateur à la maison qui permet de travailler en dehors des heures habituelles jusqu’à l’ordinateur portable qui permet même de travailler pendant les déplacements et donc d’être disponible 24/7. Y ajouter la personnalité virtuelle à des fins économiques équivaut à la prise de contrôle ultime de la personne dans ce dernier retranchement qui lui appartenait.

      Ce qui renvoit à cet autre questionnement dans mon autre entrée (À propos de MOI, Personne 2.0) sur la place du Moi 2.0 dans l’économie du Web 2,0 tel qu’abordé par Lokesh Datta dans son blogue allcollaboration.

  2. Xix dit :

    Voici quelques petits exercices d’imagination sur la virtualisation : http://unoeil.wordpress.com/2009/12/14/realite-partielle-ou-realite-virtuelle-ou-realite-augmentee/

    • macmaitre dit :

      Merci Xix pour ce lien. C’est un blogue que je vais parcourir avec intérêt dès que j’ai un peu de temps. Cet article va particulièrement intéresser mon collègue Jean-Philippe avec ses idées du branchement neural sur le réseau pour une éventuelle communication télépathique.

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